L’avenir de l’incinération des déchets : les installations d’incinération des déchets contre les technologies alternatives

I. La concurrence pour les installations d’incinération des déchets est de plus en plus vive

L’industrie de l’incinération des déchets subit une pression énorme dans toute l’Europe. De nouvelles technologies arrivent sur le marché, y compris des technologies pour produire de l’hydrogène à partir de déchets. Mais ce n’est pas tout. De plus en plus, des procédés sont mis au point pour produire du diesel à partir de déchets plastiques. Ces technologies ne sont pas encore économiques, mais la pression augmente. Je devine déjà quelle énergie ces nouvelles technologies vont déployer.


II. Les usines de transformation de déchets en hydrogène deviendront concurrentes des usines d’incinération de déchets.

Jusqu’à présent, il est normal que l’entreprise d’élimination des déchets paie pour l’élimination des déchets. L’usine d’incinération des déchets utilise les déchets pour produire de l’énergie. Avec les nouvelles technologies qui utilisent les déchets pour produire de l’hydrogène et du diesel, le modèle d’affaires est en train de changer. Cela signifie qu’à l’avenir, le client ne pourra plus payer pour l’élimination des déchets, mais qu’il sera payé pour les déchets. Cela signifie que les déchets deviennent une matière première.


III. Les usines de transformation des matières plastiques en combustibles deviennent des concurrents des usines d’incinération des déchets.

De plus, les usines de transformation des matières plastiques prend de plus en plus d’importance sur le marché européen des déchets. Actuellement, il n’est pas encore financièrement rentable d’utiliser le plastique pour la production de diesel. Toutefois, cela peut changer rapidement si les prix du pétrole brut augmentent, entre autres en raison du pic pétrolier. Le contre-argument à la chute des prix du pétrole serait le suivant : La chute des prix du pétrole stimulera la consommation, augmentera la croissance économique et produira davantage de déchets. Les quantités de plastique seraient utilisées pour produire du diesel à partir de plastique. Je pense qu’il est plus probable qu’un prix élevé du pétrole dû au pic pétrolier conduira à la commercialisation des usines de transformation des plastiques en carburant. Toutefois, une augmentation du prix du pétrole entraînerait non seulement la commercialisation des usines de transformation du plastique en combustible, mais aussi la commercialisation des usines de transformation des déchets en hydrogène.


IV. Les cimenteries restent concurrentes des usines d’incinération des déchets

Les cimenteries sont en concurrence avec l’industrie de l’incinération des déchets. Je vois la différence dans le fait que les cimenteries produisent un produit. Pour produire le ciment (le produit), les usines ont besoin d’énormes quantités d’énergie. Le matériau doit avoir un pouvoir calorifique élevé, souvent supérieur à 20 MJ/kg. Ceci est dû à la forte teneur en plastique. En revanche, les matières qui entrent dans les incinérateurs de déchets ont un faible pouvoir calorifique de seulement 9 à 12 MJ/kg. Le matériau qui entre dans la cimenterie est plutôt du SRF (Solid Refuse Fuel) et non des combustibles de substitution.

Les combustibles de substitution sont généralement produits à partir des quantités restantes de déchets ménagers, c’est-à-dire les quantités qui ne peuvent être recyclées ou retraitées. Les quantités restantes sont ensuite broyées à moins de 300 mm et mélangées. Ces quantités sont ensuite mises en balles ou livrées en vrac aux usines d’incinération des déchets. Les cimenteries ont des exigences particulières en ce qui concerne les quantités livrées, mais ces exigences ne sont pas aussi strictes que celles des usines d’incinération de déchets.

Les cimenteries ont besoin de combustibles alternatifs (combustibles dérivés de déchets à haut pouvoir calorifique ou combustibles solides) pour atteindre leurs objectifs climatiques, et parce que le charbon est si cher. Bien sûr, les cimenteries préféreraient le charbon, mais il est malheureusement devenu très cher. Il faut également tenir compte du fait que la houille a un pouvoir calorifique prévisible, stable et peu variable.

Le pouvoir calorifique des combustibles de substitution et des combustibles solides résiduaires est en constante évolution et soumis à des fluctuations. Ici, des contre-mesures doivent être prises à maintes reprises. Cela explique aussi pourquoi les cimenteries ont un taux de substitution d’environ 60%, le reste étant du charbon. Cela signifie que 60% de la demande énergétique est couverte par les déchets.


V. Les usines d’incinération des déchets ont une chance : c’est le chauffage urbain.

La chaleur issue de la production combinée de chaleur et d’électricité peut être utilisée dans l’industrie chimique. Les quantités livrées (la chaleur) sont garanties par des contrats à long terme. C’est particulièrement utile dans les régions qui comptent un nombre particulièrement élevé d’installations industrielles, d’usines de transformation chimique et d’usines de papier. Alternativement, l’énergie issue de la cogénération peut également être utilisée pour le refroidissement, par exemple dans les chambres froides. Cela a beaucoup de sens dans les pays africains.


VI. L’industrie s’internationalise, la référence régionale n’est plus aussi importante qu’avant.

Avec le nouveau gouvernement français d’Emmanuel Macron, l’économie française est de plus en plus privatisée. Les grandes sociétés françaises de gestion des déchets en France devront peut-être se préparer à une vague de privatisation. L’État français envisage de vendre ses parts dans les grandes entreprises d’élimination des déchets ou, à défaut, de créer un grand groupe français d’élimination des déchets. SUEZ et Veolia propreté fusionneront ainsi leurs activités de gestion des déchets en un seul groupe pour créer un géant international. La France est donc un exemple de l’internationalisation de l’industrie de la gestion et de l’incinération des déchets.

La Grande-Bretagne, par contre, est un exemple de déréglementation d’un marché local. Des investisseurs étrangers comme Covanta Energy des États-Unis ont investi beaucoup d’argent au Royaume-Uni. De nombreuses autres sociétés étrangères sont actives sur le marché britannique de la gestion des déchets et sur le marché britannique de l’incinération des déchets, notamment Veolia et SUEZ. En particulier, les entrepreneurs EPC (Engineering, Procurement and Construction) mandatés par les constructeurs pour construire les usines d’incinération des déchets sont presque tous basés dans l’Union européenne et ne viennent pas du Royaume-Uni. Cela signifie qu’avec la déréglementation, il y a aussi une perte de savoir-faire au Royaume-Uni.

Tant la déréglementation que l’internationalisation font qu’il est difficile pour les entreprises d’incinération de déchets gérées traditionnellement d’opérer dans un marché de l’incinération de déchets organisé, orienté vers le secteur privé et mondialisé.

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